Friday Morning Coffee Nr. 8: Le marché obligataire nous fait passer un message

270418 Friday Morning Coffee

Friday Morning Coffee Nr. 8: Le marché obligataire nous fait passer un message

Voilà, c’est officiel : nous avons passé cette semaine la barre des 3% de rendement sur les obligations du Trésor américain à 10 ans. Et, curieusement, même à Luxembourg, le soleil s’est levé ce matin et nous sommes encore en vie ! Je me demande donc, tout comme probablement la grande majorité des gérants actions, ce que M. le marché obligataire essaye de nous dire : allons-nous au-devant de graves difficultés à cause de la hausse des taux ou est-ce seulement une tempête dans un verre d’eau ? Retournons en 2013, au  début du resserrement monétaire de la Réserve fédérale (réduction des achats d’actifs américains), à l’époque, les rendements obligataires américains avaient doublé passant de 1 ,5% à 3% au cours des 6 mois suivants tandis que les rendements obligataires allemands atteignaient 2%. Comment les marchés d’actions avaient-ils alors réagi ? Après une faiblesse initiale, les bourses s’étaient très rapidement reprises, comme le montre le graphique ci-dessous… Source: Bloomberg, ECP. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Alors, en quoi est-ce différent aujourd’hui ? Les rendements peuvent encore une fois atteindre 3% mais nous assistons maintenant également à une synchronisation économique. Les économies sont en croissance et les anticipations d’inflation restent relativement modérées ; encore plus en Europe où la Banque Centrale Européenne n’a pas encore vraiment commencé à resserrer sa politique monétaire. Selon nous, la réaction du marché obligataire européen montre clairement que l’Europe et les Etats-Unis n’en sont pas aux mêmes points du cycle économique ce qui correspond parfaitement à ce que nous voyons sur le terrain.   En tant qu’investisseurs « value » en Europe, la hausse des taux ne nous préoccupe pas outre mesure…enfin pas encore. Nous la considérons comme un effet secondaire du processus de normalisation, les banques centrales retirant progressivement leurs mesures extraordinaires d’assouplissement quantitatif. Le moteur de la croissance économique tourne à plein régime et la déflation n’est plus un sujet d’inquiétude.   Différents facteurs jouent actuellement en faveur des investisseurs en actions européennes “value” :
  1. Nous sommes convaincus que des taux plus élevés aux Etats-Unis devraient au final entraîner une hausse du dollar américain et donc alléger un peu la pression à laquelle les sociétés exportatrices européennes font actuellement face.
  2. Nous cherchons à investir dans des sociétés dotées de bilans sains qui sont dès lors moins vulnérables à une hausse des taux. Cela se traduit dans notre portefeuille par le fait qu’il faut moins d’un an à la société médiane pour rembourser totalement ses dettes.
  3. Des rendements obligataires en hausse sont généralement plutôt favorables aux stratégies value par rapport aux approches de croissance ou de momentum puisque les titres « value » ont une duration plus courte (référez-vous à notre second « Morning Coffee » publié le 16 mars).
  4. Notre focus sur la capacité bénéficiaire, c’est-à-dire la génération de cash-flow, nous différencie des investisseurs se concentrant sur des titres à dividendes élevés qui sont plus vulnérables à une hausse des taux et sont dès lors moins compétitifs face aux obligations.
  5. Les actions européennes ne sont pas, selon nous, trop chères.
  Il faut toutefois émettre une réserve face à ce que nous détaillons ci-dessus : si les taux d’intérêt continuent de grimper et restent à des niveaux sensiblement plus élevés (par exemple, au-dessus de 4%), les investisseurs en actions vont très probablement en ressentir les effets. Nous continuons donc à surveiller notre boîte de réception pour ne rien rater des messages envoyés par le marché obligataire.